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Wolf Dieter Eberwein

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WOLF DIETER EBERWEIN Président de VOICE

« La direction que prendra le systeme international humanitaire depend de l’engagement collectif des ong ».


BIOGRAPHIE

BIBLIOGRAPHIE

Communication Sans Frontières :
Vous avez été élu en 2008 Président de VOICE, pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste cette ONG ?
Wolf Dieter Eberwein :
VOICE est un acronyme signifiant « Voluntary Organizations in Cooperation in Emergencies ». Ce réseau a comme fonction primaire de représenter, auprès de la Commission Européenne, du Parlement Européen et (dans un moindre degré) des États membres, les intérêts des organisations humanitaires européennes d’urgence. VOICE compte actuellement 85 membres, avec une représentation forte d’organisations humanitaires d’urgence d’Allemagne, de France et de Grande Bretagne, mais aussi des pays scandinaves. Depuis un an, VOICE compte parmi ses membres la première ONG des nouveaux pays membres, People in Need de la République Tchèque.

CSF :
Comment jugez-vous votre première année d’activité en tant que Chairman of the Board ?
WDE :
C’était une année d’apprentissage stimulant – la rencontre du monde académique avec le monde professionnel. C’est un échange intéressant dont j’ai beaucoup profité. J’ai essentiellement appris comment fonctionne un réseau comme VOICE dont la fonction primaire est celle du plaidoyer. A l’interne, le travail avec sa directrice Kathrin Schick et les membres de son équipe, les membres du Comité Exécutif et les membres du Conseil d’Administration est gratifiant. Les discussions contribuent à faire avancer l’engagement pour la cause humanitaire qui consiste en de petits pas.

CSF :
Comment s’organisent vos relations avec ECHO ?
WDE :
Nous pouvons distinguer plusieurs formes de contacts. Un premier volet concerne le dialogue régulier. C’est en premier lieu la directrice de VOICE, Kathrin Schick, et les membres du bureau qui sont en liaison régulière avec la Commission et ECHO. Ces relations, se sont avérées très productives. En effet, VOICE a joué un rôle non négligeable dans le cadre de la formulation du Consensus Humanitaire de l’Union Européenne. Ce consensus en tant que déclaration politique unanime des Etats membres de la Commission Européenne, du Parlement Européen concernant la politique humanitaire de l’Union Européenne est fondamental dans le sens où il reconnait le rôle important des ONG humanitaires et spécifie les relations entre acteurs humanitaires entre autres avec le militaire.

Depuis plusieurs années VOICE a crée le Watchgroup mais aussi l’accord cadre de partenariat pour les ONG partenaires de ECHO qui travaillent étroitement avec la Direction Générale d’ECHO pour ce qui concerne les conditions de financement.

Nous avons, deux fois par an, une réunion dans le pays qui assume la présidence de l’Union Européenne. Il y a juste quelques semaines, nous avons organisé une table ronde à Stockholm. Ces tables rondes nous permettent de rencontrer non seulement les ONG nationales mais aussi les responsables du gouvernement en charge de la politique humanitaire.

A cette occasion un représentant d’ECHO y participe dans le cadre d’une présentation spécifique concernant une problématique particulière. Une troisième prise de contact est institutionnalisée avec la rencontre annuelle du partenariat ECHO à Bruxelles. Cette dernière a lieu en décembre. Dans ce cas, c’est le président de VOICE qui introduit les préoccupations des membres de VOICE en ce qui concerne la politique humanitaire de l’Union Européenne.

CSF :
Qu’elles sont les prochaines priorités de VOICE et de ECHO ?
WDE :
Au niveau institutionnel VOICE fait le suivi des discussions concernant le budget prévisionnel pour l’action humanitaire. En même temps nous suivons les discussions concernant la future direction de l’aide, en particulier si celle-ci est combinée avec un Commissaire pour le développement.

Aujourd’hui, ce qui devient de plus en plus urgent ce sont les questions d’accès aux populations en danger comme la sécurité des travailleurs humanitaires. Comme vous le savez, nous observons une tendance croissante de membres d’organisations humanitaires agressés, enlevés, blessés et même tués dans le cadre de leurs missions sur le terrain.

Enfin, le Directeur Général d’ECHO, par l’intermédiaire de VOICE, organise une consultation avec ses partenaires sur la future Convention de l’Aide alimentaire et la mise en oeuvre du Plan d’Action du Consensus Humanitaire.

CSF :
Comment VOICE envisage la réforme des Clusters de l’ONU ?
WDE :
Nous allons créer un groupe de travail concernant cette problématique afin de développer une position forte concernant les différentes réformes dans le domaine humanitaire. Cette réforme pose un bon nombre de problèmes, en particulier le fait que les ONG du Sud ont des difficultés à participer aux réunions des clusters. Beaucoup de membres de l’Union Européenne financent de plus l’action des Nations Unies. Toutefois on a l’impression que le versement des financements aux ONG partenaires pour la mise en oeuvre des projets est devenu plus lent.

A côté des problèmes stratégiques concernant l’action humanitaire coordonnée par les Nations Unies nous rencontrons aussi des questions opérationnelles sur les terrains d’actions des Ong et entre autres, celles de VOICE.

CSF :
Qu’elles sont les crises à venir selon vous ?
WDE :
La question qui se pose encore à nous aujourd’hui est comment gérer les crises actuelles (Afghanistan, Pakistan, RDC, Darfour etc.).

CSF :
Travaillez-vous sur les crises environnementales, les réfugiés ou déplacés climatiques ?
WDE :
Naturellement, il s’agit d’un problème concernant aussi les humanitaires. Les membres de VOICE sont très actifs dans le groupe de travail réduction des risques de catastrophe. VOICE a récemment publié dans son bulletin d’information VOICE Out Loud des articles concernant cette question et une déclaration concernant en particulier la Disaster Preparedness and Climate Change Adaptation. C’est dans ce domaine de la prévention où l’expérience des ONG humanitaires peut s’avérer utile. Toutefois la question de l’environnement, des réfugiés, des personnes déplacées est à priori un problème concernant la responsabilité politique de tous les Etats.

CSF :
Comment abordez-vous l’impact environnemental des ONG ?
WDE :
De plus en plus d’ONG comme Care International, NRC et l’URD se préoccupent de cette problématique. Mais il faut bien ajouter que c’est en particulier l’espace humanitaire qui d’abord est en train de décroitre, c’est-à-dire que l’environnement opérationnel pour délivrer l’aide est de plus en plus réduit. L’assistance de l’aide pour sauver les vies en danger reste néanmoins la priorité des acteurs humanitaires.

CSF :
Existe t-il une forme de RSE dans les ONG comme c’est désormais le cas pour les entreprises ?
WDE :
Cet aspect est plutôt discuté dans le cadre des codes de conduite et d’autres initiatives pour améliorer la qualité de l’aide. Nous promouvons activement ces engagements chez nos membres par l’information et la formation de standards. La question des codes de conduite donc d’un comportement conforme aux principes de l’action humanitaire en accord avec le Droit International Humanitaire est un défi pour tous les acteurs humanitaires civils dans un environnement de plus en plus complexe. Il s’agit d’une thématique sur laquelle nous sommes en train d’engager un projet incluant plusieurs ONG.

CSF :
Vous avez écrit et participé à de nombreux ouvrages sur la normalisation de l’action humanitaire et des relations internationales, où en êtes vous dans ces recherches ?
WDE :
Pour le moment je ne travaille pas sur cet aspect de normalisation qui est en effet difficile, car elle pourrait faciliter un contrôle accru des gouvernements. En revanche, j’ai commencé à travailler sur la question de la professionnalisation qui, à mon avis, représente un défi pour le futur du mouvement humanitaire. C’est en particulier la tension entre perfectionnement disons « technique » de l’intervention humanitaire et sa finalité : sauver les personnes en danger de vie.

CSF :
Comment voyez-vous l’humanitaire du XXIème siècle ?
WDE :
Ces vingt dernières années montrent un processus d’institutionnalisation de ce champ d’action. En postulant que l’action humanitaire ne vas pas disparaitre, il est clair que d’un côté la demande d’aide d’urgence va s’accroitre vue la dégradation environnementale et les conséquences du changement climatique. De l’autre, il est difficile de prévoir à quel point les conflits armés vont évoluer. VOICE a récemment atteint un consensus concernant les recommandations des relations civilo-militaires , ce qui est une problématique importante dans les urgences complexes. Il reste à voire comment va se développer le monde des ONG : un processus de concentration impliquant une disparition des petites et moyennes ONG humanitaires ? Des structures de plus en plus bureaucratique et entrepreneurial? La continuation de l’affaiblissement du Droit International Humanitaire avec un rôle encore plus lourd du militaire ? En fin de compte la direction que prendra ce système international humanitaire dépend en partie de l’engagement collectif des ONG.

CSF :
De nombreux masters spécialisés en humanitaire existent désormais en France, comment voyez l’évolution de la formation de ces étudiants ?
WDE :
Je ne connais que deux programmes en dehors de celui de Grenoble, bien qu’il ne soit pas focalisé en particulier sur l’humanitaire mais sur les ONG et les OIG en général : Paris XII et Aix en Provence (NOHA). A Grenoble nous avons fait le choix de former des généralistes polyvalents capables d’analyses stratégiques. Ce n’est qu’à partir de leur expérience professionnelle, après leurs études, qu’ils apprendront les connaissances et qualités spécifiques du monde du travail. VOICE collabore de façon régulière avec le réseau NOHA Si mes informations sont correctes il y a probablement beaucoup trop de Master de l’Humanitaire, mais je peux me tromper.

CSF :
De nombreuses dérives ont été pointées du doigt dans la communication des ONG laissant penser que ces dernières manipulent les informations qu’elles détiennent. Que faut-il en penser ?
WDE :
Il est clair que les ONG doivent se comporter en partie disons opportunistes en ce qui concerne leur politique de communication. Au niveau du pays d’origine. Ils doivent prendre en considération les donateurs privés et publics. Sur le terrain, afin d’y rester, se pose en permanence le problème de comment trouver un équilibre entre les intérêts des victimes et des partis aux conflits. Donc il y a un dilemme structurel. Mais on retrouve aussi partiellement chez les organisations moins professionnelles ce que j’appellerai un opportunisme injustifié en termes par exemple d’une « communication de catastrophe » ne correspondant pas à la réalité. Je peux néanmoins donner l’exemple de VOICE (d’ailleurs pas la seule) qui invite des journalistes pour voire sur le terrain ce qu’elle fait. Une des raisons est que le nombre de journalistes familier avec cette activité est assez limité me semble-t-il.

CSF :
Les ONG font de plus en plus appel à la générosité du public pour se financer, cela n’introduit-il pas un biais dans la finalité de l’aide ?
WDE :
En effet, dans le sens où le donateur privé donne selon ses préférences et qui ne sont pas forcément en phase avec les besoins comme l’a démontré le financement excessif durant le Tsunami. Il est toutefois important, pour les ONG, de pouvoir recourir à des bailleurs de fonds différents afin de garder leur indépendance. Il faudrait plutôt critiquer les bailleurs de fonds gouvernementaux qui devraient mettre à disposition les moyens suffisants en fonction des besoins dans les cas d’urgence. Jusqu’à présent, comme vous le savez, les résultats du Good Humanitarian Donorship - qui s’est donné le but de « prioriser » les moyens pour les urgences selon les besoins, initiative de plusieurs états crée en 2003- n’est pas, encore(?), à la hauteur de son objectif.

CSF :
Que pensez-vous de la politique de la France en terme de coopération ? Quelles différences par rapport aux autres pays Européens ?
WDE :
Juste une remarque à ce sujet. En premier lieu, la France n’est pas un des bailleurs de fonds impressionnant. De plus, il me semble que la politique française aimerait bien intégrer les ONG dans sa politique extérieure.

CSF :
L’humanitaire en Allemagne est-il spécifique ou différents de ce que nous connaissons en France ?
WDE :
Définitivement oui. Premièrement l’Allemagne est un des plus grands bailleurs de fonds. Deuxièmement, il existe un système institutionnalisé de coopération entre les différents ministères et les ONG.

CSF :
Comment analysez-vous l’humanitaire anglo-saxon par rapport à l’humanitaire dit « français » ?
WDE :
je crois qu’il faut différencier la Grande-Bretagne des États-Unis. Dans le premier cas vous trouvez un monde d’ONG beaucoup plus critiques envers le gouvernement qu’aux États-Unis. Les ONG britaniques ont une tradition forte d’advocacy” et de campagnes de plaidoyer. Dans le dernier cas il y a une tradition de coopération relativement étroite entre ces Ong et gouvernants. Les dons privés sont beaucoup plus significatifs aux États-Unis qu’en Grande Bretagne, surtout pour les ONG religieuses, ce qui, en revanche leur donne aussi plus de liberté dans leurs actions.

CSF :
Pratiquement aucune ONG n’évalue auprès des bénéficiaires l’efficacité et la pertinence de l’aide qu’elles apportent alors même qu’elles connaissent pratiquement tout de leurs donateurs. Est-ce selon-vous normal ?
WDE :
Je ne crois pas que cette observation soit tout à fait correcte. Je pense entre autre au HAP, le Humanitarian Accountability Project, basé à Genève, et crée par les ONG qui a développé son programme de certification en ce qui concerne la prise en compte des intérêts des bénéficiaires. VOICE est juste en train d’initier un programme de formation concernant la redevabilité de ses membres et de mécanismes de plaintes. Les ONG sont en général préoccupées d’un côté par leur redevabilité envers les bénéficiaires, de l’autre par un engagement plus systématique des acteurs locaux. Mais, contrairement aux projets de développement, l’aide d’urgence est basée sur les principes humanitaires de l’impartialité, de l’indépendance et de la neutralité qui ne doivent pas automatiquement être identiques aux intérêts des bénéficiaires.

CSF :
Qu'est-ce qui vous révolte le plus aujourd'hui ?
WDE :
C’est le fait que le Droit International Humanitaire ne soit pas respecté.

CSF :
Et ce qui vous satisfait le plus ?
WDE :
Les efforts considérables des ONG depuis plus de 15 ans (suite à l’évaluation du génocide rwandais) pour discuter des problèmes concernant l’amélioration de leurs activités.

Propos recueillis par © Communication Sans Frontières®

© Communication Sans Frontières® Octobre- Novembre-2009 - tous droits réservés.

     

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